Tony Lamouche, un champion du monde chez Iron Gym

Icône dans le monde du bodybuilding, l’Orléanais Tony Lamouche continue à s’entraîner malgré deux dernières années très compliquées pour sa santé.

Tout le monde l’a croisé un jour dans Orléans. Sur son petit vélo, avec ses tenues flashy et ses muscles saillants. Mais, Tony Lamouche, c’est plus que ça. Bien plus que ça. Tony est un exemple. Un exemple pour tous les sportifs (en herbe ou professionnels). Il n’y a qu’à le voir, à 71 ans, déambuler dans Iron Gym (« sa » salle) toujours dans une forme physique impressionnante. Ahurissante même quand on sait par quoi il est passé ces dernières années : « J’ai subi une ablation de la prostate en 2015 », lance-t-il sans se cacher, avec son accent de titi parisien qu’il n’a jamais perdu. « Sachant que j’allais me faire opérer quelques mois avant, ça m’a travaillé, forcément. Résultat, j’avais perdu dix kilos ! » Des moments compliqués pour le multiple champion du monde de bodybuilding (1994, 1995, 1997, 2011, 2012) : « On a vu un truc avec la biopsie. Je me suis dit que j’étais baisé… » Entre les options qu’on lui propose, il choisit l’ablation de la prostate : « Il fallait éjecter ça le plus rapidement possible. Avec la radiothérapie, les cellules cancéreuses peuvent revenir… »

Des draps rouges de sang

Et la pire nouvelle dans tout ça pour Tony ? « À cette période-là, je suis redescendu presque à zéro parce que je n’avais pas le droit de m’entraîner. Je me suis entraîné toute ma vie. Ça ne m’était jamais arrivé. J’ai toujours fait du sport. Et là, je n’avais même pas le droit de faire du vélo d’appartement ! Bon, c’était une opération lourde. Il a tout charcuté là-dedans… »

Justement, le lendemain de son ablation de la prostate, sur son lit d’hôpital, Tony croit que c’est la fin : « L’infirmier me dit qu’il va m’aider pour aller à la douche. Et là, je lève mes draps. Et les draps sont tout rouges ! Rouges de sang. » Tout le monde s’affole. Infirmières, médecin, Tony. « Je me suis dit que c’était une hémorragie interne. » La peur s’empare de lui : « Ben oui, il y avait du sang partout. J’ai balisé. Mais en fait, c’était juste une petite agrafe qui avait touché une veine. » Plus de peur que de mal, donc. Heureusement.

Début mars 2016, il reprend ce fameux entraînement qui lui manquait. Indispensable à son équilibre. « Quand je suis revenu, je faisais des squats, j’ai mis la barre sur mon dos, et crack, ça me fait mal. Pfff, c’était de l’arthrose. Je l’ai toujours eue cette arthrose. Mais, comme avant, j’avais des muscles, je ne sentais rien ! » Ça ne dure pas : « Là, ça va mieux. Je me suis remusclé » explique-t-il en montrant ses bras.

Tony Lamouche avec Mohamed El Harfi, le boss d'Iron Gym

« Les gamins m’appelaient Tarzan »

Des bras incroyables pour un homme de bientôt 72 ans (en août). Mais, Tony le sait, il n’est plus un jeune homme. Compliqué de vieillir : « Je le vis bien », coupe-t-il. « Avant mon opération, je soulevais 180 kg aux squats. Là j’ai recommencé et je suis juste à 150. Non, ce n’est pas ça qui me dérange. La force compte mais moi, c’est le côté esthétique qui m’importe. Le bodybuilding, c’est la beauté plastique. » Dès qu’on titille Tony Lamouche sur son âge, il lance avec un sourire carnassier : « Des anciens bodybuilders de mon âge, je les laisserais tous sur place ! Leur peau, elle plisse. Moi, ça ne plisse pas, c’est encore tendu ! Mais, je ne veux plus faire de championnats du monde parce que j’ai tout gagné. Je n’ai plus rien à prouver ! »

C’est sûr mais on ne peut pas s’empêcher de penser : et s’il avait été Américain, aurait-il eu une vie à la Schwarzenegger (qui écumait les podiums de bodybuilding dans les années 70 avant de devenir acteur puis gouverneur de la Californie) ? : « Si j’avais été dans une autre ville qu’Orléans, j’aurais été plus haut. J’aurais eu plus de sponsors. » Il n’en dira pas plus. On sent une blessure. Même si la médaille de la ville, qu’il a (enfin) reçue en 2016 a gommé quelque peu cette cicatrice.

Plus de championnats du monde donc. Ce qui signifie plus de podiums. Et pour un homme comme Tony qui a eu l’habitude qu’on le regarde, ça laisse un vide : « Évidemment. C’est une drogue », concède-t-il. « Moi, j’ai toujours été sur les podiums ou sur les plages. Un jour en 1982, j’étais en vacances près de Saint-Tropez. Des Allemands m’ont vu et m’ont embauché un mois dans un cabaret en Allemagne ! J’y faisais des poses, des équilibres… » Une petite anecdote de plus dans la vie riche de Tony Lamouche ! « Tout le monde me connaît avec mon petit vélo à Orléans », lance-t-il. « Je n’ai jamais eu de réflexions désagréables. Les gamins m’appelaient Tarzan. Et j’ai toujours été sympa avec tout le monde. Certains se la pètent avec les gens. Moi, non. » Il est comme ça Tony.

Et il n’est pas près de s’arrêter de faire du sport : « Je ne connais pas mon destin. Je vais peut-être mourir sous une barre. Je ne sais pas. Mais, j’essayerai de garder la condition physique le plus longtemps possible. »

Sa fiche

TONY LAMOUCHE

Né le 4 août 1945 (71 ans) à Paris (12 e).

Palmarès. Champion du monde de bodybuilding 1994, 1995, 1997, 2011 et 2012. Reçoit en 2016 la médaille de la Ville d’Orléans.

Alban Gourgousse

Article de la république du centre

Crédits photos : Tony Lamouche pose ici à Iron Gym, une salle de sport à Fleury-les-Aubrais qui a changé de propriétaire.
Le nouveau « boss d’Iron » s’appelle Mohamed El Harfi.
© photo christelle gaujard

2017-08-13T14:20:46+00:00